Revue de marché

B-R & H Finance - purement indicatif - 31.01/03.03.2026 22h CET

B-R & H Finance - purement indicatif - mois de février 2026

Février 2022, février 2026 - Même combat

Les derniers jours ont vu un net retour du « risk‑off » avec en particulier la séance de « capitulation » sur la Corée et la sous‑performance européenne qui s’inscrivent dans un désengagement brutal des poches les plus « crowded » au profit de valeurs US jugées plus sûres et mieux protégées géopolitiquement.

Samsung et la chute des semi-conducteurs Coréens

  • Le KOSPI a connu un « Black Tuesday », hier, avec une baisse de 7,2% et un décrochement de poids lourds du marché, emmené par SK Hynix (‑11,5%) et Samsung Electronics (‑9,9% en clôture, avec des pointes plus basses en séance), effaçant une partie d’un rallye YTD de plus de 30%.

  • Le mouvement est d’abord technique : prise de profits massive après un rallye tiré par l’IA et des puces mémoire. Ventes de plus de 3 000 Mds KRW par les étrangers en une seule matinée (plus de 10 000 Mds KRW sur deux jours).

  • S’y ajoute le risque d’une escalade États‑Unis–Iran avec la crainte d’interruptions logistiques (routes maritimes, assurance des cargaisons), hausse des coûts d’énergie pour un secteur très énergivore, et regain de volatilité sur le cycle IA/mémoire avec déjà une alerte sur la hausse de 100% des prix de DRAM/NAND qui menace la demande finale smartphone/PC.

Logique de la rotation hors Europe

Il y a deux niveaux de lecture: rotation géographique et rotation thématique.

  • L’argument pro‑Europe des dernières semaines était : valorisations attractives (PER ≈ 15x contre ≈ 22x pour le S&P), moins d’IA/mega‑cap tech, plus de value/financières/industrielles. Ce même profil devient un handicap quand :

    • la zone est en première ligne sur le choc énergie,

    • les banques et cycliques sont l’axe principal de délestage en cas de stress macro,

    • la visibilité politique est perçue comme plus faible (Ukraine, énergie, politique commerciale US).

Pourquoi l’argent se replie vers les US (et pas vers l’Europe)

  • Les US restent perçus comme « quality core » : profondeur du marché, dollar refuge, poids élevé des secteurs moins intensifs en énergie (software, services, healthcare) et forte capacité à passer les hausses de coûts.

  • Sur le thème IA, le marché avait commencé à se diversifier hors mega‑tech US vers semi coréens/asiatiques, équipementiers européens, etc. Le sell‑off actuel est en partie une « dés‑diversification » :

    • on coupe les exposures périphériques (Corée, Europe cyclique, exportateurs),

    • on garde les noms cœur de portefeuille, souvent US, même chers, au nom de la liquidité et de la visibilité.

Quelques chiffres

  • Environ 80–85% des Iraniens ont accès à Internet, et plus de 95% des diplômés du supérieur sont connectés, malgré les coupures et la surveillance étatique.

  • Malgré le centre aride, la bande hyrcanienne reçoit jusqu’à 1'500 mm de pluie par an, autant que certaines régions atlantiques, créant un contraste saisissant avec les plateaux du centre.

  • L’agriculture absorbe plus de 90% de l’eau utilisée en Iran, avec une productivité parmi les plus faibles de la région, ce qui alimente une crise hydrique structurelle.

Editorial

Téhéran, 2 mars 2026

Chère B,

Dans ma chambre, les frappes récentes sur Téhéran sont arrivées comme un orage lointain. Les vitres ont à peine vibré, mais mon téléphone, lui, crépite : vidéos de fumée au dessus de Téhéran, rumeurs de centaines de morts à Minab, messages paniqués qui passent encore entre deux coupures d’Internet. Je remets mon voile devant le miroir, par habitude plus que par conviction. Je l’ai porté tous les jours de ma vie. La guerre, je la connaissais dans les récits de mes parents ; les manifestations, je les ai vécues en janvier. Aujourd’hui, je ne sais plus si je vis une révolution ratée ou le début d’autre chose.

Autour de la table du dîner, nous parlons bas. Mon père a suivi heure par heure les manifestations de début janvier, quand des millions de personnes sont descendues dans la rue dans tout le pays et que la répression a été si violente que certains parlent du pire massacre depuis 1979. Amnesty a décrit des tirs à balles réelles, des enfants arrêtés, des disparus dont on ne sait plus rien. « Tu te souviens, me dit il, ces deux jours où on croyait vraiment que ça pouvait basculer ? » Je m’en souviens par la peur froide dans ma gorge, par les hôpitaux débordés de blessés par balles à Téhéran et Shiraz, par l’odeur de gaz lacrymogène qui restait dans les cheveux.

Depuis, les chiffres circulent comme des fantômes. Personne ne les croit tout à fait, mais personne ne peut les ignorer. Des ONG et des médias étrangers parlent de milliers de morts confirmés, de dizaines de milliers d’arrestations, de centaines de lieux de détention, parfois secrets. Les exécutions auraient doublé en 2025 par rapport à 2024, comme si l’État utilisait la potence pour gouverner par la peur. Quand vous lisez ça depuis Paris ou Zurich, c’est une statistique. Pour nous, chaque chiffre a un prénom, un compte Instagram figé, une chaise vide en classe.

Mon frère, lui, me montre sur son ordinateur ce chiffre que tout le monde commente : plus de 80% des répondants, en Iran comme dans la diaspora, rejettent le régime et préfèrent un système démocratique. « Tu vois, me dit il, nous ne sommes pas une petite minorité. » Mais quand je regarde par la fenêtre, la rue est calme. Alors je lui réponds : « Si nous sommes 80%, pourquoi ai je peur de parler dans le bus ? » et je fais les questions et les réponses : « Parce qu’entre le sondage et la rue, il y a les prisons, les caméras, la potence. »

Au milieu, il y a cette machine de répression que les rapports décrivent en détail : tirs à balles réelles, Internet coupé, tribunaux expéditifs, exécutions qui ont bondi ces dernières années. Le régime a tiré une leçon de 2022 et de tous les mouvements précédents : frapper vite, frapper fort, couper l’information, faire comprendre qu’aucune organisation durable n’est possible. Des analystes parlent de « feu sous la cendre », d’une population passée de la contestation épisodique au rejet ouvert du système, mais bridée par la peur d’un coût humain encore plus grand.

La diaspora nous dit souvent : « Mais pourquoi ne vous révoltez vous pas tous en même temps ? » Je comprends la question, surtout en voyant les foules devant les ambassades à Berlin ou Toronto. Oui, nous savons que les Iraniens de l’étranger ont des moyens, des médias, des relais politiques. Des sondages montrent qu’ils partagent largement notre rejet du régime et soutiennent des sanctions, la mise à l’index des Gardiens de la révolution, plus de pression sur Téhéran. Mais aucune manifestation à Londres ne protège un étudiant arrêté à Shiraz, aucun hashtag n’ouvre la porte d’une cellule à Evin.

Depuis les frappes américaines et israéliennes de fin février, une autre peur s’est ajoutée. Les bombardements ont détruit des sites militaires, touché des écoles, des hôpitaux, des quartiers civils ; des centaines de morts sont évoqués par le Croissant Rouge iranien et les médias locaux. Dans les files d’attente devant les pharmacies, j’entends des phrases que je n’avais jamais entendues aussi clairement : « Je déteste ce régime, mais je ne veux pas que mon pays devienne un nouveau Irak. » Les experts parlent d’un « rally round the flag », ce réflexe de serrer les rangs face à une menace extérieure, même quand on méprise ceux qui dirigent. Je le vois dans le regard de ma tante : elle n’a pas pardonné le sang de janvier, mais elle refuse de voir des missiles étrangers s’abattre sur Téhéran.

Dans cette confusion, l’absence de figure reconnue se fait sentir. Les sondages sur l’opposition parlent d’une vingtaine de noms possibles, d’un « conseil de transition » souhaité par beaucoup, mais aucun visage ne s’impose vraiment. On cite des activistes, des anciens prisonniers politiques, des figures de la diaspora, mais chacun a ses adversaires, ses accusations, ses querelles. Dans ma génération, nous n’avons ni Massoud, ni Mandela, ni Vaclav Havel ; nous avons des comptes Telegram et des leaders d’opinion éparpillés. La répression a été si systématique que tout embryon d’organisation est décapité avant d’exister.

Il y a aussi la géographie, dont parlent les stratèges, mais que nous vivons au quotidien. Un pays montagneux, grand comme plusieurs fois la France, avec des minorités, des régions éloignées, des frontières poreuses. Les comparaisons avec l’Afghanistan reviennent souvent : terrain difficile, État central autoritaire, interventions étrangères qui compliquent tout. Ceux qui rêvent d’une insurrection armée oublient que nous avons vu la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan ; ici, chaque famille a un cousin ou un voisin qui a déjà été soldat, réfugié, ou les deux. La peur n’est pas seulement celle d’un régime ; c’est celle d’un effondrement.

Alors, pourquoi « rien ne se passe » depuis les frappes ? Ce n’est pas rien. Sous la surface, il y a des familles qui cachent des blessés, des avocats débordés, des professeurs qui glissent une phrase de trop en cours, des mosquées où l’imam, pour la première fois, ose parler du « sang des innocents ». Il y a aussi de la fatigue, de la dépression, un sentiment d’avoir été abandonnés par le monde qui s’émeut quelques jours, puis passe à autre chose. Quand un président étranger parle de « liberté » pendant qu’un missile tombe sur une école de filles, le mot perd quelque peu de sa couleur.

Mon père dit parfois : « Si ce n’est pas maintenant, ce sera quand ? » Toi, tu écris que si nous ne nous révoltons pas maintenant, nous ne le ferons jamais. Peut être. Mais les chercheurs qui étudient nos opinions disent autre chose : que, malgré la peur, le rejet du régime reste massif et stable dans le temps, que le désir de changement ne disparaît pas, il se déplace. Il passe de la rue à la cuisine, de la cuisine au salon, du salon aux discussions chuchotées dans les taxis. Une révolution, ce n’est pas seulement un calendrier ; c’est une lente accumulation de choses qu’on ne peut plus oublier.

Ce que vous ne voyez pas, peut être, c’est que nous vivons plusieurs urgences à la fois : survivre à la répression, éviter la guerre totale, protéger nos familles, préserver un minimum de normalité pour nos enfants. Pour toi, regarder des images de Téhéran est un acte politique ; pour nous, acheter du pain l’est aussi, dans un pays où l’économie est étranglée, où l’inflation et le chômage alimentent la colère autant que les slogans. On nous demande d’être à la fois courageux, stratèges, héros et parents responsables. C’est beaucoup pour une génération qui n’a connu que ce régime.

Un jour, peut être, je serai dans la rue quand tout basculera. Ou peut être que cela se fera autrement, par une succession de fractures internes, de fissures dans l’appareil de sécurité, de compromis que personne n’ose imaginer. Peut être qu’il y aura enfin un visage qui réunit plus qu’il ne divise. En attendant, je remets mon voile demain matin, non par soumission, mais pour pouvoir continuer à observer, à parler à voix basse, à transmettre à mes cadets ce que nous avons vu en janvier et ce que nous voyons aujourd’hui. De l’extérieur, notre silence ressemble à de l’inaction. De l’intérieur, il ressemble à une respiration retenue. Et personne, ni toi ni moi, ne sait encore si c’est la respiration d’un peuple résigné ou celle d’un peuple qui prend son élan.

Amitiés,
Nasrin

(lettre fictive faites à partir de récits, de transcriptions, de témoignages)

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Patrimoine

Si,

et c’est un énorme “si”, l’Iran devait devenir une démocratie ou seulement s’en approcher, l’effet serait comparable à une nouvelle chute du mur de Berlin. La carte économique et géopolitique du monde serait bouleversée : la paix de part et d’autre du détroit d’Ormuz et, peut‑être, en mer Rouge, redessinerait les flux de pétrole et de gaz, sécuriserait des routes maritimes aujourd’hui sous tension, et libérerait un potentiel agricole considérable dans un pays qui dispose d’eau et de terres fertiles mais le gaspille aujourd’hui faute d’investissements et de gouvernance. Le visage du Moyen‑Orient en serait transformé pour des générations.

Mais revenons à “lettre” ci-dessus

En la lisant, un scénario s’impose, inconfortable mais cohérent avec ce que nous savons des rapports de force, du terrain et des précédents historiques. Il est loin d’être le seul possible, mais c’est celui que nous jugeons aujourd’hui le plus plausible pour un investisseur de long terme.

D’abord, il faudra accepter que cela dure plus longtemps que nous ne le pensons. Rien, dans l’architecture sécuritaire iranienne, ne suggère un effondrement rapide ; tout suggère un enlisement, avec des phases d’accalmie relative et des regains de tension.

Ensuite, personne n’a intérêt, ni capacité politique, à envoyer des troupes au sol en Iran. Le pays est vaste, montagneux, avec un État encore solide et une mémoire vive des occupations et des guerres voisines ; les grandes puissances ont tiré assez de leçons en Irak et en Afghanistan pour limiter leur action à des frappes ciblées, du cyber et de la pression économique. Cela plaide pour une guerre « contenue » dans sa forme, mais diffuse dans ses effets.

Sur l’énergie, la pression est réelle mais pas illimitée. Le détroit d’Ormuz concentre environ un cinquième du pétrole mondial ; une fermeture durable ferait flamber les prix, mais pour l’instant on observe plutôt une prime de risque, avec un Brent qui a gagné plusieurs pourcents depuis le début des frappes et un trafic maritime réduit de 70–80% par prudence des armateurs et des assureurs. La Chine, très dépendante des flux du Golfe, a tout intérêt à peser pour éviter un blocage prolongé qui mettrait en danger sa propre croissance.

Dans ce scénario, le prix du pétrole et du gaz reste plus élevé qu’il ne l’aurait été sans crise, mais sans envolée incontrôlée tant que le transit n’est pas complètement interrompu. Pour les banques centrales, cela signifie une inflation un peu plus tenace, des chiffres pollués par les chocs d’offre énergétiques et, in fine, des baisses de taux plus timides que ce que les marchés espéraient en début d’année. Le mouvement de détente monétaire reste possible, mais la pente est moins généreuse, plus hachée, et chaque épisode de tension dans le Golfe repousse légèrement le calendrier.

Le transport aérien est en première ligne. Les fermetures d’espace aérien et le contournement de la zone Iran–Golfe rallongent les routes entre l’Europe et l’Asie, augmentent la consommation de kérosène et renchérissent les coûts d’exploitation. Les analystes estiment que le carburant représente 20 à 30% des coûts d’une compagnie, et la hausse d’environ 30% du prix du brut depuis le début de l’année pèse déjà sur les marges. Les premiers jours du conflit ont vu les actions des compagnies aériennes reculer, sous l’effet combiné de la hausse du carburant, des vols annulés vers le Moyen‑Orient, et de la réticence des passagers à survoler la région.

En Bourse, ce type de scénario favorise les segments déjà mis en avant depuis deux ans. Les valeurs de défense, dopées par la reconstitution des stocks en Europe et par les tensions multiples (Ukraine, Indo‑Pacifique, Moyen‑Orient), pourraient connaître une deuxième année de forte demande et de révisions bénéficiaires à la hausse. L’or, déjà soutenu par l’incertitude géopolitique et la crainte d’une désinflation incomplète, conserve dans ce cadre son rôle de réserve de valeur.

Pour l’investisseur, ce scénario n’est ni apocalyptique, ni rassurant. Il décrit un monde où le risque géopolitique devient un paramètre durable. Il impose surtout une discipline : distinguer le bruit des flambées émotionnelles de marché du signal d’un conflit qui s’installe, sans exclure, au fond de notre horizon, l’hypothèse plus rare mais transformatrice d’un « mur de Berlin » Persan.

Dans le régime islamique, les femmes ont une liberté complète dans leur éducation, dans tout ce qu’elles font, tout comme les hommes

Ruhollah Khomeiny (citation datant d’avant 1979)

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