La Suisse vient de donner une leçon magistrale de bon sens économique.
Le 30 novembre, les électeurs ont rejeté, à près de quatre voix contre une, un impôt successoral de 50 % sur les patrimoines de plus de 50 millions de francs, sans qu’aucun canton ne le soutienne (lire la suite).

Revue de marché

B-R & H Finance / Purely indicative / 01.12.2025 - 17h CET

B-R & H Finance / Purely indicative / 01.12.2025 - 17h CET

La ligne d’arrivée est en vue…

Novembre a été le mois où les coqueluches de l’IA se sont essoufflées, où l’argent a pris une trajectoire quasi parabolique et où les cryptos ont rappelé qu’elles restent un pari high beta sur les marchés. Les actions mondiales ont fait du quasi surplace, avec un S&P 500 en léger recul d’environ 0,5 %, les investisseurs craignant une bulle IA alors même que les résultats du troisième trimestre affichaient une croissance à deux chiffres du BPA et que la tech restait le moteur principal de la progression des indices.

Les comptes rendus de la réunion de la Fed de fin octobre ont entretenu le doute, à peine un tiers des analystes croyant encore à une baisse en décembre. Le 10 ans américain est resté campé autour de 4 %.

En France, le manège politique tournait, une fois de plus, à plein régime. Le rejet par l’Assemblée nationale du volet recettes du budget 2026, combiné aux récentes dégradations de notation, a poussé l’écart OAT–Bund à 10 ans vers la zone des 70 points de base, laissant la reprise du CAC 40 fragile (-0,65 % sur le mois) malgré de solides publications dans le luxe. La Suisse offrait un tableau plus serein: le SMI, porté par Nestlé, Novartis et Roche, évoluait non loin de son pic de mars (+4,36 % sur le mois et +10,55 %).

Brent et WTI ont enchaîné un quatrième mois de baisse, l’excès d’offre l’emportant sur la géopolitique, même si la décision de l’OPEP+ de maintenir la production a freiné la glissade en fin de mois. Le vrai feu d’artifice, lui, était du côté des actifs tangibles et numériques. L’argent a franchi les 55 dollars pour inscrire un nouveau plus haut historique fin novembre, bouclant une envolée de près de 100 % depuis le début de l’année.

  • Bitcoin a pris le chemin inverse, décrochant de plus de 23 % (au 1er décembre, 17h CET, en ajoutant donc une journée de cotation). Ethereum a fait encore pire, autour de -29 %, et, cette année, l’Ether a offert le grand huit le plus effrayant, pour un bilan d’environ -9 % depuis le début de l’année.

  • Strategy Inc (MicroStrategy pour ne pas la nommer) a tradé comme un Bitcoin survitaminé à la baisse, chutant de plus de 40 % après que son CEO, Michael Saylor, a évoqué la possibilité de vendre une partie du gigantesque stock de BTC de la société.

  • Oracle a perdu environ un quart de sa capitalisation sur le mois, les investisseurs réévaluant sa frénésie de data centers IA financée par la dette, tandis que le marché obligataire commençait à traiter Oracle comme le maillon faible de la chaîne des hyperscalers.

  • Roche a profité d’un relèvement de ses objectifs annuels et d’une confiance accrue dans son pipeline, ce qui a permis au titre de grignoter du terrain et de conforter le caractère défensif du SMI.

Quelques chiffres

  • Les études montrent que 75 % de la prise de poids annuelle se joue entre Thanksgiving et le réveillon du Nouvel An.

  • Dans les foyers américains et européens où quelqu’un prend un GLP-1, la dépense en produits alimentaires recule de 5 à 6 % en six mois et l’apport calorique chute de 15 à 40 %.

  • Un tiers des ménages américains gagnent plus de 150’000 dollars par an, selon l’économiste Jeremy Horpedahl (CPS ASEC 2024).

Editorial

ChatGPT 5.1

Porsche Taycan Turbo GT

Vous savez bien qu’aucun turbo ne se cache sous le plancher de cette Porsche électrique. Pourtant l’écusson est là, qui s’illumine en lettres LED et prétend le contraire. Ce n’est pas seulement vrai pour les voitures. C’est un cas d’école de ce qui se produit quand les agences de marketing changent le sens des mots.

La fausse turbo et le compositeur fantôme

Chez Porsche, le récit est simple. « Turbo » signifie désormais « haut de gamme », raccourci pour la version la plus rapide et la plus chère. Ce n’est plus une description mécanique, c’est un totem.

Le son des véhicules électriques est sur le même registre. À l’extérieur, le bruit est une exigence de sécurité, surtout à basse vitesse. À l’intérieur, c’est du théâtre. Des ingénieurs modélisent avec soin un bruit synthétique qui augmente avec la vitesse, parfois avec l’aide de compositeurs venus d’Hollywood (mais si, mais si). Sur certains modèles sportifs, il y a même des palettes au guidon pour passer des rapports virtuels. Le logiciel coupe le couple un dixième de seconde pour que votre nuque et vos oreilles soient persuadées qu’il vient de se passer quelque chose.

Rien de tout cela ne rend la voiture électrique meilleure. Ces artifices ne cherchent pas à exprimer le produit. Ils cherchent à protéger l’histoire.

La K-beauty sans la Corée

La « K-beauty » a commencé comme un vrai cluster: des marques sud-coréennes, des formules spécifiques, d’autres habitudes de superposition des couches sur la peau. Il y avait du contenu réel au départ, et un cadre culturel.

Aujourd’hui, on trouve des produits « inspirés de la K-beauty » chez des marques qui ne sont ni coréennes ni fabriquées en Corée. Les routines sont parfois simplifiées pour le retail occidental, les ingrédients reviennent parfois discrètement à ce que la chaîne d’approvisionnement avait sous la main. Là encore, l’étiquette vend ce que le produit n’est pas (plus).

L’histoire se répète: @, IA

Il y a eu une époque où il suffisait de coller un « @ » devant n’importe quoi pour faire moderne (voir; la bulle internet). Des restaurants devenaient @Café, des coiffeurs @Style, des cabinets de conseil @SomethingGlobal. Le symbole disait « nous comprenons internet », même si l’arrière-boutique tournait encore au fax.

Aujourd’hui, le même schéma se retrouve avec « IA ». Le terme a été galvaudé au point qu’il perd sa valeur informative. Cela continue de vendre à court terme, mais n’aide plus vraiment à comprendre ce que l’on achète.

Quand le badge ne fait-il plus vendre ?

Le problème se pose lorsque trois choses se produisent en même temps:

  1. L’intitulé ne veut plus rien dire
    Si « Turbo », « IA », « GTI », « K-beauty » ou « durable » peuvent vouloir dire à peu près tout et n’importe quoi, le client ne fait plus attention à l’étiquette. La confiance est rompue.

  2. L’intitulé se substitue au vrai progrès
    Quand l’énergie de l’entreprise se concentre sur l’emballage, les packs sonores et les séries limitées plutôt que dans la production de meilleures batteries, une meilleure sécurité, de meilleures formules, on court après le paraître au lieu de l’être.

  3. Le fossé se creuse entre la promesse et le vécu
    Dans un monde de reviews, de Reddit et de comparatifs TikTok, les promesses éronnées se font démasquer très vite.

La morale pour les marchés financiers

Les marchés sont pleins de badges « Turbo ». Smart beta, next-gen, disruptive, AI-driven, ultra-quelque-chose. Fonds, indices et stratégies arborent souvent des étiquettes qui ont un jour décrit une vraie innovation et qui, aujourd’hui, se concentrent sur des trades encombrés et de simples biais algorithmiques.

En fin de cycle, on voit généralement plus d’autocollants et moins de nouveaux moteurs. Pour un investisseur, repérer ce glissement assez tôt fait partie de la gestion du risque. Autrement dit, le jour où tous les produits sur la route se disent Turbo ou IA, la vraie opportunité se trouve probablement dans quelque chose de bien plus discret.

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Investissements

Novo Nordisk - The perfect storm

Quand un titre est valorisé au-delà de la perfection, la réalité devient un invité dangereux. Pour Novo Nordisk, la réalité de 2025 n’a pas seulement frappé à la porte, elle l’a enfoncée: -43% depuis le début de l’année. Le géant danois de la pharma, autrefois célébré comme l’entreprise la plus chère d’Europe et le roi incontesté de la perte de poids, affronte aujourd’hui une tempête parfaite qui a effacé plus de 65 % de sa valeur depuis les sommets vertigineux de la mi-2024.

La question pour des actionnaires sous le choc n’est plus de savoir quand le titre se redressera, mais si Novo Nordisk renaîtra de ses cendres, ou si le groupe est en train de devenir le nouveau Moderna, un « one-trick pony » dont le numéro a vieilli.

La gravité finit toujours par gagner

Le déclencheur de la dernière chute, environ -10 % en quelques séances (chute, depuis en partie résorbée), a été l’échec du sémaglutide dans un essai Alzheimer très attendu. Cet essai devait permettre l’extension de pipeline qui prouvait que le GLP-1 était un véritable « couteau suisse » de la santé humaine. Au lieu de cela, il a mis en lumière la dépendance vertigineuse du groupe à la seule perte de poid.

Mais le malaise remonte à plusieurs mois. Eli Lilly n’a pas seulement rattrapé Novo, il l’a dépassé, filant vers les 1 000 milliards de dollars de capitalisation pendant que Novo trébuchait. Sur le marché-clé américain, Zepbound de Lilly a pris l’ascendant, aidé par une logistique plus fluide et un échelonnement des prises que beaucoup de médecins préfèrent. En parallèle, des versions meilleur marché ont envahi les officines, attaquant de plein fouet la capacité qu’avait Novo de dicter son prix.

Le fiasco Metsera

Dans une tentative désespérée de se diversifier, Novo a voulu surenchérir sur Pfizer pour Metsera, une biotech en phase clinique avec des candidats prometteurs dans la prochaine génération de traitements contre l’obésité. Malgré une offre présentée comme « supérieure », c’est Pfizer qui est reparti avec le trophée pour quelque 10 milliards de dollars, laissant Novo sur le carreau.

Novo est désormais tellement dominant dans l’obésité que les autorités de concurrence pourraient, de fait, l’empêcher de racheter ses futurs rivaux. S’il ne peut ni innover en interne, Alzheimer en a donné un premier signal, ni acheter sa croissance, l’étiquette de « one-trick pony » commence à prendre effet.

Perdre la vue

Les vents contraires ne sont pas seulement financiers, ils sont physiques. Les actions collectives accusant Ozempic et Wegovy de provoquer une NAION, une forme de cécité, se comptent désormais par milliers de plaignants. Les régulateurs ont imposé une mise à jour des notices reconnaissant un risque qui concerne jusqu’à 1 patient sur 10’000.

En même temps, la « perte de muscle » (sarcopénie) se confirme. Avec des études suggérant que jusqu’à 40 % du poids perdu sous GLP-1 correspond à de la masse maigre, le halo de « médicament miracle » pâlit. Pour un traitement conçu pour être pris à vie, ces doutes sont autant de bombes à retardement.

Les prévisions 2026 ne sont guères meilleures

C’est en 2026 que les brevets clés du sémaglutide expirent en Chine. Au moins 11 génériqueurs sont déjà en production, prêts à inonder le marché asiatique de copies à bas prix.

Phénix ou chien battu ?

Les analystes commencent à murmurer la comparaison qui fâche: Moderna. Comme le pionnier de l’ARNm, Novo a surfé sur une vague de demande mondiale insatiable pour une seule classe de produits. Une fois la vague passée, la valorisation s’effondre.

Novo n’est pas une épave. Le groupe reste une machine à cash, en position de duopole sur l’un des plus grands marchés pharmaceutiques de l’histoire. Mais l’ère de l’optimisme sans retenue est terminée. Le titre se paie désormais comme une entreprise confrontée à une concurrence agressive, des contentieux lourds et la perte de ses brevets.

Pour l’instant, le géant danois n’est plus sur son piédestal. Il en est tombé mais la messe n’est pas encore dite.

Patrimoine

Bravo !

Le 30 novembre 2025, les électeurs suisses ont rejeté par référendum l’« Initiative pour l’Avenir », un impôt fédéral de 50 % sur les successions au-delà de 50 millions de francs . L’initiative a été rejetée massivement par la double majorité du peuple (à 79%) et des cantons (100% des cantons ont voté contre).

Si la Suisse veut continuer à attirer ces familles, ces entrepreneurs et ces entreprises, elle ne peut pas se permettre beaucoup d’expériences de ce genre. Le message des électeurs est limpide: respectez ceux qui paient l’addition, arrêtez de jouer avec les droits de propriété inscrits dans la Constitution, et laissez la poule aux œufs d’or tranquille pour qu’elle continue à faire ce qu’elle fait le mieux: pondre des œufs pour le bien de tous.

La jeunesse est un club dont tous les membres seront exclus un jour ou l’autre

Karl Lagerfeld

Principaux Marchés

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