L'été est souvent le moment où l'on ralentit le rythme, où l'on prend un peu de recul et où l'on s'autorise quelques détours. Entre le 15 juillet et le 15 août, notre lettre se concentre habituellement que sur les marchés.
J'en profite cette année pour partager un texte écrit il y a quelques mois, resté jusqu'ici dans mes tiroirs. Derrière une controverse très britannique se cache une question universelle : comment concilier nos idéaux avec les réalités du terrain ?

Revue de marché

B-R & H Finance - Purely indicative - Please note Month on Month

B-R & H Finance - Purely indicative - Please note Last Month Performance

II est à noter que depuis quelques jours, une appréciation notable des indices a eu lieu. Le CAC40 a atteint son ATH tandis que nous assistons à un rebond très important sur de nombreux marchés : tout ça pour dire que la revue de marché ci‑dessous est déjà de l’histoire ancienne.

Juillet 2026 – un mois de rotation globale

En apparence, juillet aura ressemblé à un mois de consolidation : aux États‑Unis, les grands indices ont légèrement reculé, avec un S&P500 à -0.13%, un Nasdaq à -3.20% et un Russell 2000 à -3.08%, tandis que le Dow Jones restait proche de l’équilibre. Mais derrière ces chiffres, la dynamique est celle d’un marché qui se désengage doucement d’une poignée de méga‑caps de la technologie pour réallouer vers des secteurs plus cycliques et des régions moins chères. L’indice équipondéré S&P500 (RSP +1.1%) a d’ailleurs surperformé l’indice capitalisé, signe que le « broadening trade » reste à l’œuvre.

États‑Unis : ajustement sur l’IA, retour de l’énergie

Le cœur de la volatilité américaine est resté la chaîne de l’intelligence artificielle. Les semiconducteurs et la mémoire ont subi une correction marquée (SOX -20.6%, DRAM -31.8%), reflétant les doutes sur la soutenabilité du capex des hyperscalers, la concurrence open‑source et le risque de surcapacité de calcul. Plusieurs valeurs très exposées à ces thèmes ont fortement décroché – SPCX, Tesla, SK Hynix, Tokyo Electron, entre autres – tandis que les grandes plateformes de cloud ont pris le contre‑pied : Microsoft (+24.6%) et Amazon (+13.9%) ont publié des résultats qui réaffirment une demande robuste et une monétisation IA jugée plus crédible.

Sur le plan macro, la Fed a maintenu ses taux à 3.50–3.75%, avec trois dissensions en faveur d’une hausse, ce qui matérialise un comité plus divisé. Le 30 ans américain a atteint son plus haut niveau depuis 2007, et la courbe des taux s’est retendue, portée par la combinaison d’une croissance toujours résiliente, d’une inflation un peu plus sage que prévu et de préoccupations budgétaires persistantes. Dans ce contexte, les secteurs énergie (+12.5%) et financières (+6.0%) ont surperformé, quand la technologie (-3.5%), l’industrie (-3.1%) et les utilities (-2.3%) souffraient de la remontée des taux et du repositionnement factoriel.

Europe : progression plus régulière, inflation contenue

En Europe, le message de juillet est nettement plus positif. L’indice Stoxx Europe 600 a progressé, et des marchés comme le CAC40 et le DAX ont terminé le mois en hausse, portés par des résultats solides et par une rotation vers des valeurs « quality » et des secteurs cycliques.

Sur le plan macroéconomique, la zone euro a vu son inflation remonter légèrement à 2.9% en juillet (contre 2.8% en juin), principalement sous l’effet de l’énergie, tandis que l’inflation sous‑jacente se stabilisait autour de 2.2%. Les enquêtes de confiance et les PMI ont montré une amélioration modeste mais réelle, ce qui nourrit l’idée d’une croissance modérée, plus résiliente qu’on ne le craignait en début d’année. Pour un investisseur global, l’Europe apparaît ainsi comme un terrain où la prime de valorisation demeure raisonnable, avec des secteurs défensifs et « quality » qui continuent d’apporter de la stabilité.

Asie et émergents : choc coréen, intervention japonaise

En Asie, juillet aura été dominé par un épisode coréen particulièrement brutal : le Kospi, porté depuis des mois par l’euphorie autour des semis et de l’IA, a chuté de plus de 35% entre son sommet de juin et son point bas de juillet avant un rebond in extremis, faisant du mois l’un des pires de son histoire. SK Hynix et plusieurs grands noms de la mémoire figurent ainsi dans vos « bottom 10 » mondiaux, ce qui matérialise la violence de ce reset.

Le Japon, de son côté, a dû intervenir sur le yen, avec un soutien explicite des États‑Unis, pour enrayer une volatilité jugée excessive. Les exportateurs du Nikkei ont été ballottés par ces mouvements de change.

Taux, matières premières et actifs réels

Les matières premières ont raconté leur propre histoire. Le WTI et le Brent ont rebondi d’un peu plus de 20% sur le mois, effaçant la baisse de juin et signant leur meilleure performance mensuelle depuis plus d’un an, sur fond de tensions renouvelées entre les États‑Unis et l’Iran, d’attaques en mer Rouge et de risques autour des détroits d’Ormuz et de Bab el‑Mandeb. L’or a progressé de 1.7%, confirmant son rôle de couverture modérée face aux taux plus élevés et à la géopolitique, quand l’argent et les mines de métaux précieux restaient plus volatiles. Bitcoin, après avoir perdu près de 19% en juin, a repris plus de 7% en juillet.

Macro globale : résilience, dispersion et diversification

En toile de fond, les données macro et les résultats d’entreprises ont continué de dessiner un scénario de « croissance résiliente ». Aux États‑Unis, environ 60% du S&P500 avaient publié leurs résultats à fin juillet, avec une croissance bénéficiaire « blended » proche de 47% et plus de 80% de sociétés dépassant les attentes, tandis que la zone euro voyait ses indicateurs de confiance se redresser et son inflation n’accélérer que marginalement malgré la hausse de l’énergie.

Quelques chiffres

  1. Au sommet de sa popularité, l’ère Clarkson de Top Gear rassemblait entre 5 à 6 millions de téléspectateurs hebdomadaire au Royaume‑Uni, et l’émission revendiquait des audiences mondiales de plusieurs centaines de millions de personnes.

  2. Charles III détient un record peu enviable mais unique : il a été l’héritier du trône pendant 70 ans et 214 jours, le plus long « prince en attente » de l’histoire britannique.

  3. Charles III un aquarelliste prolifique et l’un des artistes vivants les plus vendus au Royaume‑Uni : entre la fin des années 1990 et 2016, ses lithographies se sont écoulées pour plus de £2 millions au profit de causes caritatives.

Editorial

Le Roi et le roturier

Le roi parle de planète, le roturier parle de survie. Entre les deux, un champ boueux, des factures en retard et 67 millions de Britanniques à nourrir. C’est là que Jeremy Clarkson s’est installé, bottes aux pieds, pour dire au roi Charles III que son rêve vert tourne au cauchemar pour les fermiers.​

De la supercar au tracteur

Pendant des années, Clarkson était le caricature du citadin motorisé : circuits, V12, punchlines sur les écologistes. Et puis il a acheté Diddly Squat Farm, découvert la PAC, la météo, les marges microscopiques et la solitude des décisions où une récolte ratée coûte plus qu’une voiture de sport. Sur ses terres, il a testé ce que Londres et la monarchie recommandent depuis des décennies : moins de chimie, plus de nature, plus de règles. Résultat, dit-il : des coûts qui explosent, des rendements qui baissent, des projets bloqués pour un parking ou une grange, et la sensation d’un système « activement anti‑farming ».

Quand la vertu devient politique agricole

Charles III plaide depuis longtemps pour l’agriculture biologique, la régénération des sols et une relation quasi spirituelle avec la nature. Ses domaines, de Highgrove à Sandringham, sont devenus des vitrines de cette vision : compost partout, circuits fermés, labels verts en série. Vu du ciel, c’est cohérent : climat, biodiversité, symbolique d’un « climate king » qui aligne son règne avec l’Accord de Paris. Vu du sol, Clarkson observe autre chose : des exploitations royales sans contrainte de rentabilité, des subventions vertes complexes, et l’idée qu’un pays entier pourrait se convertir à ce modèle sans casser la production alimentaire. Là est son objection centrale : « l’idéalisme » devient dangereux quand il sort du discours pour entrer dans le cahier des charges de l’agriculteur moyen.

Le malentendu ville‑campagne

Cette querelle n’est pas qu’une saute d’humeur d’animateur vedette contre un souverain très engagé. Elle condense une fracture qui dépasse largement la campagne anglaise : d’un côté, des élites urbaines, des ONG et des institutions qui poussent pour « moins de pesticides, plus de nature » ; de l’autre, des familles qui vivent sur des fermes où un point de rendement en moins se traduit en salaire en moins. Clarkson refuse le rôle de « méchant pollueur » qu’on assigne parfois aux agriculteurs ; il se pose en traducteur des comptes d’exploitation, là où chaque nouvelle norme verte est un poste de coût avant d’être une vertu morale. Le roi, lui, incarne la continuité de l’idée inverse : changer le système agricole est une obligation morale, même si cela bouscule les habitudes.

Pourquoi nous concerne‑t‑il

Vu de Suisse ou de France, on pourrait sourire : encore une polémique britannique de plus. Ce serait une erreur. Dans nos vallées comme dans l’Oxfordshire, la même équation se met en place : exigences climatiques plus fortes, consommateurs qui veulent du « propre », finances publiques contraintes, et fermes prises en étau. Clarkson ne demande pas la permission de polluer, il demande qu’on reconnaisse que la transition a un prix, un calendrier et des perdants potentiels si on la gère depuis les palais plutôt que depuis les hangars. Le vrai sujet, derrière la joute entre un roi et un ancien « petrolhead » devenu bouseux, c’est la question que nos sociétés refusent souvent de formuler clairement : jusqu’où sommes‑nous prêts à payer – en impôts, en prix, en souveraineté alimentaire – pour aligner nos assiettes avec nos idéaux écologiques ?

Epilogue

Un détail donne aujourd'hui à leur opposition une résonance particulière. Jeremy Clarkson, comme le roi Charles III, est atteint d'un cancer, une maladie dont il est aujourd'hui en rémission. Cette épreuve commune ne change rien à leur désaccord sur l'agriculture, mais elle rappelle que derrière le souverain et l'animateur se trouvent deux hommes confrontés à la même fragilité. Ils continuent de défendre des visions profondément différentes du monde rural, tout en se témoignant un respect mutuel qui dépasse leurs divergences. Le roi et le roturier partagent finalement davantage qu'il n'y paraît.

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Investissements

La chimie “verte”

La chimie a nourri le monde avant de l’empoisonner peut‑être. Entre Haber‑Bosch, Borlaug, le glyphosate de John E. Franz et aujourd’hui les OGM et CRISPR, l’investisseur navigue entre rendements spectaculaires et risques sanitaires ou politiques difficiles à pricer.

Haber‑Bosch, le vrai « green deal »

Au début du XXe siècle, Haber et Bosch trouvent comment arracher l’azote de l’air pour produire de l’ammoniac de synthèse, base de tous les engrais azotés modernes. Un siècle plus tard, près de la moitié de l’humanité dépend de récoltes permises par ces engrais ; sans eux, la production mondiale couvrirait à peine la moitié des besoins actuels. L’envers du progrès est connu : ce procédé consomme autour de 1–2% de l’énergie mondiale et 3–5% du gaz naturel, et contribue au surplus d’azote réactif dans les sols, les eaux et l’atmosphère. Côté Bourse, la chaîne Haber‑Bosch irrigue les producteurs d’ammoniac et d’engrais azotés, très cycliques mais encore indispensables pour les grandes cultures (maïs, blé) ; tant que les alternatives restent marginales, leurs cash‑flows suivent le prix du gaz, la demande alimentaire et les politiques de subvention.

Borlaug, l’OGM avant l’heure

Dans les années 1960–1970, Norman Borlaug combine sélection génétique, engrais et irrigation pour créer des variétés de blé naines, résistantes et ultra‑productives. Au Mexique, en Inde, au Pakistan, les rendements de blé sont multipliés par 2, 3 voire 4, les récoltes passant par exemple d’environ 12 à 20 millions de tonnes en quelques années en Inde. C’est un précédent important pour l’investisseur : le couple « génétique + intrants » peut transformer la productivité d’un pays et les marges de toute une filière. Les champions actuels des semences et de l’agrochimie vivent encore sur cette logique : vendre des paquets technologiques (génétique, engrais, protection) qui verrouillent l’aval industriel autour de leurs plateformes.

John E. Franz et le temps du glyphosate

En 1970, l’Américain John E. Franz découvre le glyphosate, herbicide total qui deviendra l’ingrédient actif du Roundup. La promesse est simple : un désherbage efficace, peu coûteux et compatible avec des cultures génétiquement modifiées pour le tolérer. L’histoire s’est compliquée avec le temps : l’OMSclasse le glyphosate comme « probablement cancérogène », alors que l’EPA américaine et d’autres régulateurs le jugent « peu susceptible » d’être cancérogène aux doses usuelles ; plusieurs travaux appellent à réduire les seuils d’exposition. Pour les investisseurs, le cas glyphosate illustre le risque juridique et de réputation attaché à certaines molécules : sinistres, amendes, retraits de marché et basculement forcé vers des produits plus coûteux ou moins efficaces peuvent éroder des années de rentabilité.

OGM : rendement, profits… et polémique

Vingt ans de données montrent que les cultures OGM commerciales (maïs, soja, coton) augmentent en moyenne les rendements d’environ 20% et les profits des agriculteurs de près de 70%, tout en réduisant l’usage de pesticides d’environ un tiers. Pour les grandes semencières et leurs partenaires, cela se traduit par des positions quasi‑oligopolistiques, des redevances élevées et une base installée très difficile à déloger. Mais les OGM restent un sujet sensible : débats sur la biodiversité, résistance des insectes et des adventices, concentration du marché des semences, dépendance économique des agriculteurs. Les valorisations de ces groupes intègrent donc à la fois des flux de royalties relativement prévisibles et une « décote politique » liée à la possibilité de moratoires, de référendums ou de durcissement réglementaire, notamment en Europe.

CRISPR : la nouvelle frontière de la chimie verte

CRISPR et les nouvelles techniques d’édition du génome promettent de corriger certains défauts des OGM « classiques » : modifications plus précises, parfois sans ADN étranger, traits empilables (résistance à la sécheresse, tolérance aux maladies, meilleure qualité nutritionnelle). Plusieurs grands acteurs – semences et chimie – investissent massivement, via alliances et joint‑ventures, pour développer des variétés CRISPR à haut rendement et mieux adaptées au stress climatique, tout en bénéficiant d’un cadre réglementaire plus léger que celui des OGM transgéniques dans certains pays. Le marché des plantes issues de CRISPR attire un flux croissant de capital, avec des rapports qui décrivent une montée en puissance des investissements et un assouplissement progressif des règles dans de nombreuses juridictions. Là encore, le couple rendement‑risque reste fin à doser : promesses de gains de productivité et de résilience d’un côté, incertitudes sur l’acceptation par les consommateurs, la propriété intellectuelle (brevets CRISPR) et les risques hors‑cible de l’autre.

Il faut être une sage-femme, un vétérinaire, un agronome, un chef d’entreprise, un joueur, un entrepreneur, un mécanicien. Il faut être tant de chose pour être un agriculteur, et moi je ne suis rien de tout ça.

Jeremy Clarkson

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